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Mathieu, l'exploit inachevé
Par Georges Homsi
dimanche 29 mai 2005

 

Paul-Henri Mathieu doit avoir bien des regrets. Au troisième tour, "Paulo" a en effet rendu les armes face à Guillermo Cañas au terme d'une rencontre qui l'a vu revenir de deux sets à rien pour s'offrir deux balles de match. Après deux jours de match et 5h04 de jeu, l'Argentin s'est imposé 6/3 7/6(4) 2/6 6/7(5) 8/6. C'est lui qui disputera les huitièmes de finale face à Nicolas Kiefer.

L'image a fait le tour des télévisions la veille au soir. Paul-Henri Mathieu au pied de la chaise d'arbitre, piquant une terrible colère, parce qu'il ne souhaite pas continuer ce match du troisième tour face à Guillermo Canas. Il est 21h20 sur le court Suzanne Lenglen. Paulo est alors mené deux manches à rien (6/3, 7/6), l'obscurité tombe. Carlos Ramos, le juge de chaise est même contraint d'infliger à "Paulo" un avertissement pour dépassement de temps. Finalement, Mathieu reprend le match. A deux jeux partout, une bonne dizaine de minutes plus tard, le match est finalement interrompu.

Il reprend ce dimanche en début d'après midi, sous un beau soleil, et des tribunes pleines à craquer. Très vite, on retrouve un Mathieu incisif. Le Français semble aussi déterminé que concentré, et dirige les échanges face à un Cañas contraint à la défensive. Dix neuf minutes après la reprise, le Français a aligné quatre jeux pour empocher la manche. Sur sa lancée, il ravit le service de l'Argentin au 6e jeu pour se détacher 4-2, puis 5-2, devant un public enthousiaste qui offre à l'Alsacien une ola bien méritée.

Mais Cañas, on le sait, est un guerrier. A 5-3, Mathieu s'offre une balle de deux manches partout. Trois fautes directes plus tard, "Willy", comme on le surnomme, a refait son break de retard. Au tie-break, l'Argentin prend la main et semble se diriger vers une victoire  lorsqu'il se détache 5 points à 2. Mathieu s'accroche comme un fou, et aligne cinq points de rang pour égaliser à deux sets partout. Le court Suzanne Lenglen "explose".

Des "première-deuxièmes" sur les balles de match

Le duel est magnifique entre les deux hommes. Jamais le Français, sans doute, n'est venu aussi souvent au filet dans un match. Même si ses smashes sont trop souvent frappés droit devant lui, il réussit des miracles. Ses attaques sont tranchantes, il varie beaucoup, c'est un régal.

La cinquième manche est très équilibrée. Cañas retrouve un peu de son tranchant de la veille, et Mathieu déterminé, ne veut pas céder son petit avantage psychologique. Le Français sauve tout de même une balle de break au 4e jeu, et au neuvième, le Français réussit deux superbes passing-shots pour réussir un break qui semble décisif. Serrant le poing, le cognant contre sa poitrine, Mathieu est tout près de l'exploit. Il se détache 40-15, pour s'offrir deux balles de match.

Sur la première, il frappe une "première-deuxième", puis tente deux frappes plus tard l'accélération de revers, mais c'est dans le couloir. Sur la seconde, à nouveau, il assure au service. Mais le protégé de Hernan Gumy prend le dessus dans l'échange et pousse Mathieu à frapper un passing de revers dans le filet. Sous l'effet de la tension, "Paulo" aligne encore deux fautes de rang pour céder son engagement. C'est dur, très dur même. Il pense sûrement à toutes les mésaventures qui lui sont arrivées, contre Mikhaïl Youzhny en finale de la Coupe Davis, ou encore contre Sargis Sargsian au troisième tour de l'US Open l'an passé, quand il avait déjà manqué deux balles de match...

A 7-6, c'est au tour de Cañas d'obtenir deux balles de match sur le service du Français. Un coup droit trop long annule la première, mais sur la deuxième, une accélération de coup droit de Mathieu échoue dans la bande du filet. C'est fini. Malgré une remontée spectaculaire, Mathieu est contraint de céder. Guillermo Cañas, tête de série n°9, est le sixième Argentin qualifié pour les huitièmes de finale de ces Internationaux de France. Un record. "Paulo", lui, est effondré.

"Je partais de loin, j'ai failli réussir l'exploit. On peut en reparler mille fois, mais ces balles de match, je les ai jouées comme je les sentais. C'est tout." On ne refait pas l'histoire, effectivement...

 

 
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