Mathieu, l’épié sur terre
L’alsacien, surveillé de loin par le staff de Coupe Davis, a opté pour la tournée sud-américaine sur terre battue.
C'EST DEVANT QUINZE spectateurs que Paul-Henri Mathieu a commencé victorieusement sa tournée sud-américaine, lundi dernier à Vina del Mar, contre l'Espagnol Hernandez. L'Alsacien est le seul joueur de Coupe Davis (deux autres Français, Patience et Devilder, tentent aussi leur chance dans l'autre hémisphère) à avoir opté pour la terre battue en février. D'abord au Chili, puis en Argentine (Buenos Aires) et enfin au Brésil (Costa do Saiupe), l’alsacien va mener une campagne de trois semaines et pas quatre. « Le dernier tournoi, à Acapulco, je voulais aussi m'y inscrire, indique PHM, mais "on" m'a dit que non. » « On », c'est "Forget ou Massias ou Hagelauer, bref, c'est l'équipe de France. Car, pendant Acapulco, il y aura stage de préparation au match du premier tour France-Suède (4-6 mars)...
II n'y a aucun doute : sauf blessure, Paul-Henri Mathieu sera à Strasbourg dans un mois. C'est pourtant tout sauf un objectif prioritaire : « Bien sûr, j'ai vécu des moments très forts en Coupe Davis, les pires et les meilleurs de ma carrière, et en plus ce match va se dérouler chez moi, mais je ne pense pas du tout à ça, assure le héros malheureux de la finale contre les Russes à Bercy en 2002. Je suis venu en Amérique du Sud parce que ce sont les seuls tournois où je rentrais directement et aussi parce que je veux préparer Roland-Garros, je suis 111e joueur mondial et ce que je veux prioritairement en ce moment, c`est arriver au niveau que j'estime devoir être te mien, c'est-à-dire mieux que mon meilleur classement (36e, le 14 octobre 2002). Là, à la limite, ce n'est pas normal que je joue en Coupe Davis avec un classement pareil. »
« Reste à régler deux ou trois détails »
Attention, ces paroles furent prononcées dans la foulée de la défaite de Mathieu contre I’Italien Volandri, mercredi à Vina del Mar. Déçu de s'arrêter si tôt à l'issue d'un match perdu 6-4, 6-4, « qu'il aurait pu aussi bien gagner 6-4, 6-4 », selon son entraîneur Olivier Soulès. Mathieu sera évidemment ravi de défendre à nouveau les couleurs de son équipe. Mais, en ce moment, il est surtout à la recherche de sensations plus personnelles: « ll joue bien; perd très rarement des sets à l'entraînement, mais affiche un manque de confiance en lui en match, explique Soulès. Contre Volandri, il a eu quelques états d'âme qu'il ne faudrait plus laisser s'installer à l'avenir. Parce que le score défile vite dans ces cas-là. Le fonds de jeu de Paul-Henri est là, reste à régler deux ou trois détails, Il recule encore parfois un peu trop vite quand son adversaire l'agresse. Il essaye de monter davantage, ça lui servira. Pour l’instant il n y va pas toujours à bon escient mais il y va... Il faut aussi encore qu'il maîtrise mieux les changements de rythme à l'échange, il ne peut pas toujours envoyer des « mites ». Je l'ai trouvé un peu crispé, un peu en retenue contre Volandri, mais l'attitude était bien meilleure qu'en Australie, quand il avait perdu contre Carraz. Il progresse, c'est sûr, mais manque encore un peu de confiance. Son doublé Moscou-Lyon de 2002 (Mathieu avait remporté ces deux tournois indoor consécutifs) doit être un critère de référence et je crois qu'il reviendra à ce niveau-là à un moment ou à un autre , mais il ne faut pas penser à ça sans arrêt... »
« Le niveau de jeu n'est pas en cause »
« C'est vrai qu'à la limite, i! y a plus de négatif que de positif dans ce souvenir là, reconnaît Mathieu. Surtout, c'est se dire qu'il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour revenir là ou j'étais, déjà, qui n'est pas facile à admettre. Là, c'est dur de retrouver cet élan, même si je sais aussi que je peux battre les meilleurs grâce à cette expérience. Le niveau de jeu n'est pas en cause, c'est juste faire les efforts au bon moment qui compte. Contre Volandri, je n'ai pas été assez fort dans la tête, par exemple. J'ai eu l'impression de ne pas vivre le match à fond, de manquer de temps, souvent. Je suis impatient d'obtenir à nouveau des bons résultats. Et je pense que c'est sur terre battue pue je peux le mieux jouer... »
Et revoilà donc en ligne de mire la Coupe Davis... « r Nous avions un triple objectif en venant en Amérique du Sud, explique Soulès en avançant une version légèrement différente de celle de son joueur. D'abord, ce sont des tournois très formateurs, où la concurrence est rude et spécialisée et où il est indispensable de construire ses points. Ensuite, à moyen terme, c'est aussi une façon de préparer la Coupe Davis, et à plus long terme Roland-Garros... » Dernier Français à avoir remporté un match en Coupe Davis, en cinq sets contre Moya lors de la demi-finale 2004 perdue sur la terre battue d'Alicante, Mathieu est passé hier de Vina del Mar à Buenos Aires. Strasbourg se rapproche.
Julien Reboulet, L'Equipe.