"Paulo", c'est de la bombe !
Samedi 1er juin 2002
Par Benjamin Waldbaum
Agé de 20 ans et classé 107e mondial, Paul-Henri Mathieu a confirmé ses performances des deux premiers tours en dominant l'expérimenté Jiri Novak en trois sets (6/4, 6/4, 6/3 en 1h43). Jouant à la perfection, il a écoeuré le Tchèque, tête de série n°14 du tableau et 8e de l'ATP Champions Race. L'Alsacien s'offre ainsi un premier huitième de finale en Grand Chelem face à… Andre Agassi.
Une seule fois dans sa carrière, Paul-Henri Mathieu avait disputé trois matches consécutifs dans le tableau final d'un tournoi ATP, mais jamais en Grand Chelem. Sur la terre battue de Casablanca, en avril dernier, l'Alsacien avait en effet battu Jan Vacek et Irakli Labadze avant de céder contre Younes El Aynaoui, le futur vainqueur. A Roland-Garros, "Paulo" a fait mieux encore. Il a battu successivement Wayne Ferreira et Fabrice Santoro (n°23) pour s'offrir un troisième tour contre un adversaire encore mieux classé, Jiri Novak (n°14). Un défi de taille.
Programmé sur le Suzanne-Lenglen plein à craquer et chauffé par un soleil estival, le début du match se déroule conformément à cette "prophétie". L'élève de Thierry Champion breake rapidement pour mener 3-1. Novak, qui a souvent battu les joueurs français (Di Pasquale et Pioline ici-même l'an dernier, Escudé et Grosjean à Pau en Coupe Davis), recolle immédiatement. Et les services défilent jusqu'à 5-4.
Nullement impressionné par l'enjeu, Mathieu dirige la plupart des échanges avec des frappes qui claquent comme des coups de fouet. Il se détache 15-40 sur la mise en jeu du Tchèque. Une amortie de revers et un ace de Novak écartent ces deux balles de set. Mais un bon revers suivi d'un splendide coup droit décroisé donne le premier set 6/4 au Français, qui lâche un "come on" retentissant digne de Lleyton Hewitt.
Dans la deuxième manche, Novak fait parler sa puissance et réussit le break pour mener 3-1, en étant plus offensif. Le protégé de Jan Kukal (le capitaine tchèque de Coupe Davis) efface deux balles de 3-2. Puis il mène 4-3, 40-0 sur son engagement. Le joueur de Zlin va alors se déconcentrer pour perdre treize des quinze points suivants et se retrouver distancé 6/4, 6/4, en 1h12. Inversement, Paul-Henri est plus déterminé que jamais. Il s'appuie à merveille sur les coups rythmés de Novak pour déclencher un "contre" fatal.
Assommé, le demi-finaliste de l'Open d'Australie cède son service au quatrième jeu du troisième set sur une double faute. Mathieu s'échappe 3-1, puis 4-1 sous les vivas du public. A 4-2, "Paulo" éteint les dernières velléités de Novak, quand mené 15-30, il décoche un service gagnant sur un deuxième service kické et enchaîne deux bons coups droits. Il s'échappe 5-2.
A 14h11, Mathieu sert pour le gain de la partie. Un dernier jeu blanc l'envoie au paradis (6/3). Alors que le public lui réserve un "standing ovation", "Paulo" jette sa raquette vers sa chaise, lève les bras, et semble ne pas en revenir. Il est en huitièmes de finale où il va rencontrer Andre Agassi (n°4). Pour le plus grand match de sa vie... après sa plus grande victoire.
Les déclarations de Paul-Henri Mathieu :
"Je n'arrive pas à y croire. J'ai eu du mal à rentrer dans le match. Mais j'ai réussi à me lâcher. Quand Novak a mené 4-3, 40-0, je n'ai pas laissé filer. Je me souvenais de mon premier tour à l'Open d'Australie contre l'Allemand Rainer Schüttler (NDLR : défaite 2/6, 6/1, 4/6, 6/1, 6/4). Après chaque set gagné, je me relâchais. Alors maintenant, j'essaye de remporter tous les sets, même quand je suis mené. Novak jouait en rythme, j'ai pu m'appuyer sur la balle. J'avais les jambes lourdes au début, puis je me suis libéré. J'espérais vraiment "exploser" à Roland-Garros. C'est le rêve de ma vie."