Mathieu surprend Santoro
Par Benjamin Waldbaum
Jeudi 30 mai 2002
Paul-Henri Mathieu tient la première grosse "perf" de sa carrière. Au terme d'un match intense en émotions, le jeune Français, 20 ans, a battu son compatriote Fabrice Santoro, tête de série n°23 (7/5, 6/1, 1/6, 6/4 en 2h48). Le voici en seizièmes de finale d'un Grand Chelem pour la première fois de sa carrière, où il affrontera le Tchèque Jiri Novak.
Après le duel Clément-Benneteau du premier tour, ces 101e Internationaux de France ont proposé un autre combat fratricide entre Fabrice Santoro (n°23) et Paul-Henri Mathieu au deuxième tour. Le public du court 1 a donc pu assister à un véritable duel de générations entre les deux derniers vainqueurs du simple juniors de Roland-Garros. Santoro, 29 ans, s'est en effet imposé en 1989. Et Mathieu, 20 ans, en 2000.
Au-delà de la "guerre des âges", le match se présentait comme une plaisante opposition de styles entre un Santoro fin tacticien et un Mathieu offensif du fond du court, doté d'une technique fluide.
La science du Toulonnais fait merveille en début de match. Santoro se détache ainsi 4-0 en montant dès qu'il le peut pour économiser ses forces et ne pas trop solliciter sa cheville gauche douloureuse. Mais l'Alsacien se règle face aux coups si particuliers de son adversaire. Il efface un premier break au 6e jeu. Et alors que Santoro sert pour le premier set à 5-3, il aligne quatre jeux de rang : 7/5 Mathieu en 47 minutes !
La "magie" de Santoro, qui est visiblement émoussé après son match en cinq sets contre Magnus Norman ce mardi, ne semble pas avoir de prise face à la puissance de l'élève de Thierry Champion. Très mobile, il va frapper 39 points gagnants tout au long de ce match, dont dix dans le deuxième set qu'il enlève 6/1. De 5-3 au premier à 6/1 au deuxième, Mathieu a remporté dix des onze jeux joués.
Fidèle à son surnom de "Battling Fab", Santoro se reprend. Il ralentit la cadence et revient à deux manches à une en remportant la troisième 6/1 aussi. Devant un court 1 plein à craquer, la quatrième manche va atteindre des sommets.
Mathieu se détache d'abord 3-0. Son aîné ne lâche pas. Il sauve en effet une balle de 4-1 sur le service de l'Alsacien, avant d'égaliser à 3-3. On se dit que le match est en train de basculer. D'autant plus que "Paulo" se retrouve à 15-40 sur son service. Mais sa volonté (il se tape le cœur et crie des "come on" à tout va tel un Lleyton Hewitt) et la réussite vont l'aider. Sur la première, son revers est amorti par la bande du filet et retombe dans… le camp de Santoro. Puis c'est le point de la partie. En voulant se décaler pour jouer un coup droit, Mathieu glisse et tombe. Du bout de la raquette, il remet la balle. Santoro monte, et Paul-Henri réussit un superbe passing de coup droit croisé court gagnant : 40A ! Sur une troisième balle de break, il voit avec soulagement un coup droit finir dans le filet, avant de mener 4-3.
Rien n'est joué car sur le point suivant (Santoro est au service), Mathieu ressent une crampe à la cuisse droite sur un smash gagnant qui ponctue un nouvel échange très long. L'Alsacien s'arrête et demande le kiné. A la reprise, Fabrice remporte son service : 4-4. Puis Paul-Henri en fait autant sur un jeu blanc, dont trois services gagnants : 5-4. Santoro sert pour rester dans le tournoi. Mais Mathieu s'offre deux balles de match sur un retour de revers gagnant le long de la ligne. La première est la bonne car Santoro sert… une double faute. Il est 17h36. Mathieu vient de gagner deux matchs en Grand Chelem pour la première fois. Il peut lever les bras au centre du terrain...