Roland Garros: 7e jour
dimanche 29 mai 2005
Q. Vous avez vraiment réussi à revenir dans ce match et à vous créer des avantages. Et puis vous avez laissé filer le match à la fin, que s'est-il passé ?R. A la fin du match c'était vraiment très dur de gagner 3 sets d'affilée contre lui. C'est vrai que j'ai réussi à revenir dans ce match et balle de match, et, finalement, on a fini au cinquième set à 8/6. Mais il faut qu'il y ait un gagnant et un perdant.
Q. Paul-Henri, peux-tu nous expliquer le message transmis hier par Patrice et par Paul pour te remettre en selle et partir aussi bien aujourd'hui dans la reprise du match ?R. Cela ne s'est pas vraiment joué à grand-chose hier. J'avais un break au premier et je menais au deuxième. Cela se jouait vraiment à rien du tout. Je sentais que je le tenais ; j'étais à deux sets pour lui, mais cela aurait bien pu faire un set partout. Je savais que j'étais très proche, et voilà… Quand j'ai recommencé aujourd'hui, mon but était de gagner le troisième pour relancer le match.
Q. As-tu l'impression d'avoir vécu aujourd'hui le match le plus frustrant de ta carrière compte tenu de tous les rebondissements ?R. Non, à l'US OPEN, j'avais déjà perdu 7/5 au cinquième en ayant deux balles de match. C'est frustrant aussi. Ici, c'est d'autant plus frustrant que c'est Roland Garros. Mais parfois, cela arrive dans un sens, peut-être que la prochaine fois, c'est moi qui sauverai deux balles de match et qui passerai. Ces choses-là arrivent.
Q. S'il fallait rejouer le match - peut-être pas tout de suite - tu saurais quelle erreur ne pas refaire, comment manœuvrer pour arriver jusqu'au bout ?R. Je n'ai pas fait trop d'erreurs, j'ai quand même eu des balles de match. Je jouerais de la même façon. Le seul regret que je peux avoir, c'est d'avoir été mené 2 sets zéro. J'aurais peut-être pu égaliser un set partout et gagner les deux sets aujourd'hui, cela aurait suffit.
Q. Dans quel état étais-tu quand tu as eu ces 2 balles de match ? C'est le bras qui s'est un peu noué ou c'est lui qui a pris sa chance à ce moment-là ?R. Quand on a des balles de match dans un Grand Chelem, surtout ici, forcément le bras se noue un peu. C'est vrai qu'après, j'ai joué les balles de match comme cela ; à l'US OPEN, je les avais jouées autrement. On peut toujours les refaire des millions de fois. Il m'a tout de suite agressé sur le retour et c'est vrai qu'il a pris sa chance. Il a vraiment pris sa chance. Sur la première balle de match, je suis un peu loin, j'ai tenté un revers le long de la ligne et puis je suis rentré. Après, il monte au filet. Sur le passing, je suis un peu loin, je le retiens un peu. Lui a le mérite de prendre sa chance, il les a vraiment jouées à fond.
Q. Veux-tu dire que, quand tu as eu ces balles de match, tu as repensé aux balles de match de l'US OPEN, et tu t'es dit : « Je vais jouer différemment. » ?R. Un peu, mais chaque fois que l'on a des balles de match dans un Grand Chelem, on se souvient de la façon dont on avait géré les autres auparavant. Je m'étais dit : « Maintenant, il faut essayer d'être agressif. » C'est vrai qu'il a été devant moi dans l'échange. C'était la même chose contre Lopez au deuxième tour. On y pense toujours un peu en essayant d'être le plus agressif possible. Aujourd'hui, cela n'a pas marché.
Q. Au service, on voit que tu retiens ta première balle, 40/15, 40/30, tu frappes une première tranquille.R. C'était fait exprès. Maintenant, j'aurais pu tenter l'ace. Oui, j'ai hésité, soit je tentait l'ace et j'aurais pu la mettre dehors… Je me suis dit « Je vais y aller pour le slice et tenter ma chance sur le deuxième coup. » J'avais fait ça tout le match, je n'allais donc pas changer. « Je vais tenter le slice et s'il y a une balle courte, j'y vais. » Elle n'est pas arrivée.
Q. Il y a beaucoup de frustration quand même. Globalement, tu as été assez extraordinaire dans ce match ? Quels souvenirs penses-tu qu'il te restera de ce match ?R. Je suis déçu à ce moment précis, mais recommencer le match le lendemain en étant 2 sets à rien pour lui, et se dire qu'il faut gagner encore 3 sets d'affilée contre CANAS n'est jamais évident. Je suis parti de loin, et j'ai réussi à créer un mini exploit ; ce n'était pas évident de gagner trois sets d'affilée contre lui.
Q. Hier soir, tu t'es bien énervé au moment où le jour commençait à tomber. Peux-tu revenir un peu là-dessus, peux-tu nous expliquer pourquoi tu t'es un peu énervé sur l'arbitre ?R. Sur l'arbitre ? Il ne me répondait pas. Je lui avais posé 10 fois la question, il ne répondait pas. C'est un peu énervant quand on parle à un mur. La luminosité n'était vraiment pas très bonne. Je le savais, j'ai vraiment du mal à jouer le soir. Normalement, je porte des lentilles quand je joue sous la lumière. Je ne pensais pas jouer aussi tard. On nous a changés de court au dernier moment, à deux points de la fin du match contre CORIA. Ils auraient pu nous prévenir un peu avant. Il aurait pu nous le dire 3 quarts d'heure avant. C'est vrai qu'au bout de deux sets à zéro, je savais qu'on n'allait pas finir le match. Je ne voyais pas pourquoi, cela faisait déjà un set où je devais me concentrer trois fois plus pour regarder la balle. Je lui ai demandé si on pouvait arrêter. Le juge arbitre est venu et l'arbitre a dit que lui voyait bien. Je lui ai demandé plusieurs fois quand on allait arrêter, il ne me répondait pas. Et voilà, je me suis un peu énervé. C'est normal, non ?
Q. Tu penses que tu aurais pu être sanctionné plus gravement que par un avertissement ?R. Je ne l'ai pas pris pour cela mais pour dépassement de temps. Il me disait : « Je vais lancer le chrono. » Je lui ai dit : « Peux-tu me dire quand on va arrêter ? » Il me dit : « Le temps passe » sans me répondre. De la part d'un arbitre, ce n'est vraiment pas... Je pense que ce qu'il a fait n'est pas bien. Il ne s'est pas du tout mis à la place du joueur. Il a fait son truc, ils s'en foutait. S'il m'avait dit : « On arrête dans 10 minutes. », je serais parti de l'autre côté. Il ne m'a rien dit.
Q. Finalement, cela ne t'a pas beaucoup perturbé. Tu te fais breaker après, mais tu as réagi tout de suite derrière. Tu avais la rage à cause de cela ?R. Sur le moment, j'étais énervé, c'est l'arbitre qui m'avait énervé. Ensuite, je n'allais pas laisser cet incident me sortir du match. J'ai fait assez d'heures d'entraînement pour me préparer pour ici. Je n'allais pas laisser un petit incident me sortir du match.
Q. Si on additionne les trois matches que tu as fait, Lopez, GUCCIONE, CANAS quel premier bilan tires-tu de ce Roland Garros 2005 ?R. Je commençais à jouer de mieux en mieux. J'ai eu un deuxième match où il m'a cassé le rythme, je n'ai pas fait un grand match mais j'étais solide dans la tête. Là, dans le dernier match, plus ce dernier avançait mieux je jouais. C'est dommage d'avoir perdu aujourd'hui, je pense que j'aurais pu continuer sur une très bonne lancée.
Q. Penses-tu que tu vas préparer la saison sur gazon seul ou vas-tu essayer de retrouver quelqu'un rapidement ?R. Ca commence dans six jours, je ne sais pas trop… Je n'ai pas du tout pensé à cela. Pendant Roland Garros, je me concentrais vraiment pour ce tournoi. Je n'en ai aucune idée. Je vais essayer de ne pas repartir seul. C'est toujours bien d'avoir quelqu'un à ses côtés pour avoir du soutien.
Q. Tu avais analysé un peu le tableau, on voyait que tout était possible pour une bonne place en demi-finale, tu avais vu cela avant ou pas ?R. Oui, on regarde forcément un peu. Comme je l'ai dit, je commençais à jouer de mieux en mieux. Plus les matches avançaient, mieux je me sentais physiquement aussi. Je pense que si j'avais pu passer, j'aurais pu aller loin.
Q. A la fin sur le smash, vous étiez surpris que CANAS ramène ainsi la balle ? … Le smash que vous mettez juste au bord de la ligne ?R. Il y a eu trop de smashes, je ne me souviens plus.
Q. Ses qualités pour remettre la balle vous ont-elles surpris ?R. Oui, il y a des fois où je pensais que j'allais gagner le point sur des volées amorties que j'ai faites, où il a couru ; il me les a remises. C'est pour cela qu'il est si fort, c'est son point fort.
Q. Cela te perturbe un peu de savoir que tu n'as pas d'entraîneur ?R. Je n'y ai pas encore pensé. Je n'ai pas eu le temps d'y penser encore. J'espère que cela ne me perturbera pas. J'espère en trouver un rapidement. Si je n'en trouve pas un, j'espère qu'à la Fédération, ils vont m'aider.
Q. Sur la partie du match d'hier, c'est presque un match en soi, en fait, il y a eu énormément de breaks. Tu le breakes 7 fois, lui 2 fois. A quoi était-ce dû ? C'était les conditions, la nervosité ou vraiment parce que vos jeux faisaient que vous étiez peut-être plus à l'aise sur le service de l'autre ?R. Les conditions d'hier soir étaient très lentes, le Suzanne Lenglen est vraiment plus lent que les autres. Les balles étaient vraiment humides, ce n'était pas évident de gagner sur le service, surtout qu'on est deux bons « retourneurs », donc voilà… Cela n'aidait pas les serveurs hier soir.
Q. Quels sont les tournois où l'on va te retrouver ces prochains temps ?R. Je vais au Queen's, ensuite s'Hertogenbosch et Wimbledon.
Q. On t'avait vu à Hambourg un peu paumé ; là, tu fais quand même un grand match aujourd'hui. Es-tu tout à fait rassuré sur ton niveau de jeu à la sortie de ce Roland Garros ?R. Je commençais vraiment à jouer très bien. C'est dommage de m'être arrêté là, bien sûr. Après Hambourg, j'avais perdu un peu de confiance, mais je savais très bien si j'allais faire une bonne période d'entraînement, assez intensive, cela allait me remettre dedans. C'est ce qui est arrivé. Maintenant, il faut que j'essaie de maintenir cette confiance et ça continue à augmenter.